Les « catégories » d'applications pédagogiques d'Internet
Problématique
Une des difficultés majeures de cette recherche résidait dans l'abondance des matériaux disponibles et dans leur extrême variété. À côté du projet d'un enseignant américain ou québécois qui se propose de jumeler ses élèves avec les élèves d'un professeur français ou japonais, on peut trouver des sites spectaculaires qui utilisent les dernières techniques d'animation en trois dimensions et sont visités quotidiennement par des milliers de visiteurs. Le premier laisse peu de trace sur Internet, mais peut avoir marqué profondément plusieurs élèves. Le second est devenu une référence, mais sa célébrité est due à une utilisation originale de Java plus qu'à son design pédagogique.
Il y a d'une part l'importance des moyens techniques mis en branle pour une activité pédagogique et de l'autre son impact sur les apprentissages. Il y a l'importance de la clientèle qu'elle rejoint et sa notoriété. Il y a son contenu disciplinaire et l'ordre d'enseignement auquel elle s'adresse. Il y a des activités qui visent une clientèle dispersée aux quatre coins de la planète et d'autres qui visent l'animation d'un groupe classe ou qui tendent à vaincre les limites physiques de la classe. Il y a des activités qui font partie d'un programme de formation initiale et celles qui s'adressent carrément à une population adulte. Il y a de tout quant au contenu et quant à la qualité. Comment s'y retrouver ?
Disons qu'avant de m'y retrouver, j'ai accepté de m'y perdre. Je me suis plongé dans l'examen de plusieurs expériences pédagogiques qui vont de la diffusion de schémas ou d'acétates sur le W3 à des environnements intégrés d'apprentissage.
Puis, j'ai cherché à classer toutes ces activités d'une façon cohérente. D'abord par la discipline enseignée, puis par l'application ou les applications d'Internet utilisées, ou encore par l'ordre d'enseignement où s'inscrivait l'activité, ou en distinguant enseignement à distance et enseignement en présentiel.
La classification par discipline attire l'attention presque exclusivement sur des contenus et non sur l'organisation et la structuration de l'activité d'apprentissage. En voulant regrouper les activités par les applications utilisées, on se bute à la modification continuelle et à l'intégration de ses outils qui ne sont plus les mêmes au début et à la fin de l'opération. Les ordres d'enseignement sont plus constants, mais on découvre que des activités similaires peuvent être utilisées au primaire ou à l'université, même si le contenu et l'encadrement diffèrent énormément. Quant à la distinction entre l'enseignement à distance et l'enseignement dans une classe, elle a tendance à s'atténuer quand les technologies font disparaître les distances. On assiste à une sérieuse hybridation de ces deux catégories.
D'un côt&eaZute;, pour des raisons d'économie ou de pédagogie, on voudra maximiser l'occupation des locaux en délocalisant certaines activités d'apprentissage et d'enseignement ou maximiser le temps consacré par l'étudiant à ses études en lui offrant le téléapprentissage. De l'autre, on voudra toujours conserver quelques rencontres en présentiel pour lancer ou conclure un cours.
Quand on y regarde de plus près, ces distinctions classiques, largement utilisées dans les livres qui présentent les ressources éducationnelles d'Internet, ne relèvent pas du processus d'apprentissage lui-même, mais de catégories extérieures. Pour percevoir le potentiel pédagogique ou didactique du réseau des réseaux, il faut utiliser des catégories qui relèvent de la réalité pédagogique vécue en classe ou hors classe.
C'est en parcourant Internet de façon systématique que j'ai découvert un recueil de textes sur l'utilisation pédagogique des technologies de l'information et de la communication. La majorité de ces textes avaient d'abord été publiés dans une revue américaine, The Computing Teacher . Parmi ces textes, rédigés par des praticiens et des formateurs de métier, j'ai trouvé un essai de classification qui a comme point de départ l'activité d'apprentissage de l'étudiant. Je me suis inspiré de cette classification de Judy Harris, que je présenterai plus loin, pour en élaborer une plus globale, mais tout aussi provisoire.