Le jumelage de correspondants

  • présentation
  • autres exemples
  • objectifs
  • exemples retenus
  • application Internet
  • conditions de réalisation



  • Présentation

    Ce modèle d'application pédagogique d'Internet se caractérise par l'échange de messages électroniques entre deux individus pendant une période de temps spécifique.

    Mode de communication asynchronique.


    La possibilité technique de jumeler des correspondants grâce au courrier électronique existait déjà avant Internet. Les babillards électroniques en sont la preuve. Cependant, Internet confère au courrier électronique une extension planétaire et multiplie le nombre des interactions entre les internautes.

    Dans ce premier modèle, le jumelage de correspondants, je décris d'abord le modèle minimal de la communication interpersonnelle, c'est-à-dire la possibilité d'une communication électronique entre deux élèves mis en contact grâce : Cette communication électronique peut adopter des formes très diverses que nous étudierons dans les autres modèles de communication interpersonnelle et de cueillette de données. Mais, à la base, ce modèle permet à deux élèves d'échanger des messages électroniques.

    En soi, la dimension planétaire de l'activité peut être source de motivation ou, à tout le moins, de curiosité pour l'élève, mais elle n'assure pas la qualité des apprentissages. Le design pédagogique de l'activité, la créativité et la rigueur des professeur sont les facteurs déterminants du succès de cette application d'Internet.

    Par ailleurs, la communication écrite à distance entre pairs constitue un environnement d'apprentissage dans lequel peuvent se développer des habiletés d'écriture et d'organisation des idées.




    Exemples retenus

    Pour illustrer ce modèle pédagogique, Judy Harris propose des dizaines d'annonces de projets où des enseignants, tout en décrivant leur classe et les objectifs de leur activité, invitent des collègues de partout dans le monde à impliquer leurs élèves dans ce type d'échange (1) . Parfois ce sont les élèves eux-mêmes qui ont pris l'initiative dans le cadre d'un travail, mais c'est le professeur ou la direction de l'école qui poste la demande. Certains projets sont très peu définis, d'autres sont plus srtucturés. D'une académie qui désire constituer une banque de correspondants par courrier électronique à un professeur de langue qui détermine l'ordre et les sujets qui devront être traités pendant une période de six semaines, en passant par l'animateur qui propose le plan de la première lettre que devraient s'échanger les élèves participant à l'échange.

    Un groupe d'étudiants japonais cherchent des correspondants de tout âge pour discuter du roman de Michael Crichton Rising Sun et du film qui en a été tiré. Ils visent d'ailleurs à cerner le thème principal de l'oeuvre et à connaître l'opinion d'internautes américains sur l'image de la culture japonaise qui est véhiculée par l'oeuvre de Crichton.

    Les nombreux exemples soumis par Harris sont intéressants par leur diversité et par l'apparente simplicité des moyens utilisés. Mais ils sont aussi déroutants quand on les compare aux autres exemples qui illustrent les modèles d'échanges ou de cueillettes d'informations. L'exemple des étudiants japonais, cité plus haut, peut démontrer la fine distinction entre un échange entre correspondants et un échange d'informations. Ici les étudiants ne désirent pas réaliser un sondage auprès des internautes américains. Ils veulent avoir l'occasion d'échanger des opinions avec des correspondants américains. L'occasion de discuter constitue l'objectif premier, même si le sujet de la perception de la culture japonaise par les Américains à partir du film/roman de Crichton est une excellente source de motivation pour les étudiants.

    D'autres exemples sont beaucoup moins clairs. Ainsi le projet Cultural Exchanges propose carrément des échanges d'informations culturelles. On devine que cela permet aux étudiants de différentes cultures de mieux se connaître, mais ce projet pourrait aussi constituer une méthode pour recueillir du matériel anthropologique de première main. De même Keypals project joue dangereusement dans les plates-bandes de la création littéraire ou des tâches complexes ("problem solving" pour Harris). « The objective of the KEYPALS project is to investigate the viability of cooperation between children raised in considerably different cultural environments. Children use electronic mail and other Internet resources to cooperate in two types of tasks: the joint development of texts and various forms of non-mathematical problem solving. » Si Mme Harris y voit un modèle distinctif, les enseignants ont tendance à utiliser cette application à toutes les sauces.




    Autres exemples




    Des expériences québécoises

    Sans décrire le détail de chaque projet, l'article de BernardMataigne « Les projets de télématique scolaire au Québec: un portrait synthèse au 13 juillet 1994 » (2) dresse le tableau de 41 projets de télématique scolaire. Ces projets n'appartiennent pas tous au modèle du jumelage de correspondants. Mais le titre de certaines activités est très révélateur : « Correspondance helvético-québécoise » ou « Correspondance scolaire ». Si ces exemples relèvent encore du primaire et du secondaire, on aurait tort de croire que l'échange de correspondance via les réseaux internationaux ne peut convenir au collégial.

    Dans le secteur de l'apprentissage des langues, l'occasion d'écrire à des correspondants dont on désire maîtriser la langue constitue un excellent moyen de s'exercer à l'écriture de cette langue tout en créant des liens avec des correspondants réels.




    Parler mathématiques

    Si le jumelage de correspondants vise très souvent l'amélioration de l'expression écrite, les échanges de courrier électronique peuvent aussi permettre aux correspondants de se familiariser avec d'autres langages moins littéraires.

    MathPenpals est une application pédagogique d'Internet qui vise à familiariser les étudiants en difficulté d'apprentissage avec les concepts mathématiques de base. On y parle chiffres et nombres. Que ce soient des données météorologiques, des statistiques sur la tailles des élèves dans la classe, la distance entre deux lieux géographiques, tout est motif à communiquer pour découvrir conjointement la quotidienneté des mathématiques, leur utilité, leur omniprésence.




    Un bon point de départ

    Pour permettre le jumelage de correspondants ou toute autre forme de communication interpesonnelle, les ressources ne manquent pas sur Internet. Ainsi une page Web, consacrée au jumelage de correspondants, offre une liste de listes de distribution et de nombreux pointeurs à d'autres pages Web qui offrent des informations nécessaires à ce type d'activité. Un point de départ obligé.

    Au Québec, les ressources tendent à se développer. Au secondaire d'abord, mais bientôt sans doute pour l'ordre collégial. Je vous transmets donc l'invitation de Bernard Mataigne à vous joindre à la liste de distribution edu-projets, liste exclusivement consacrée à favoriser la télématique scolaire. En vous y abonnant, vous pourrez prendre connaissance de plusieurs projets, proposer les vôtres et trouver des collègues avec lesquels réaliser ces projets.

    Jean Sysvestre, un autre apôtre de la télématique scolaire, propose les sites suivants à titre de ressources pédagogiques:
    À Vancouver : Projet Télécopains
    Ce site est le plus avancé présentement dans ce genre de service pour
    mettre en relation des enseignants qui voudraient faire des échanges
    pédagogiques. C'est à voir....

    En Ontario : PedagoNet
    Ce site a débuté en juin et est donc très jeune...

    Au Québec: Le CQTP (Comité Québécois de
    Télématique Pédagogique)
    Ce site débute mais sa structure est complétée. À vous d'y
    mettre vos idées et contenus pédagogiques. C'est la bonne façon de se faire
    connaître. Je vous invite à vous inscrire. C'est une belle initiative de
    François Matte (MEQ) (3)
    On peut aussi s'inscrire à la liste de distribution edufrancais qui n'est pas exclusivement consacrée à la télématique scolaire, mais par laquelle on peut prendre contact avec des professeurs de France et d'autres pays francophones.




    Objectifs

    Parmi les objectifs visés par une telle activité, la maîtrise de la langue écrite est certes le plus fréquemment mentionné. Mais il peut y en avoir de nombreux autres : Objectif principal de la correspondance électronique, l'amélioration de l'expression écrite semble se réaliser largement grâce à la fréquente utilisation du courrier électronique dans un contexte d'apprentissage. Évidemment, d'autres modèles de la catégorie Communication ou Cueillette de données peuvent contribuer à l'atteinte de cet objectif.

    Des études, réalisées aux États-Unis, semblent démontrer que la télématique pédagogique améliore la qualité de l'expression écrite.
    Selon au moins une étude, les effets de cette méthode d'apprentissage sont significatifs. Cohen et Riel (1989) (4) concluaient que lorsque les élèves écrivent à un auditoire de pairs à distance,



    Conditions de réalisation

    Utiliser le courrier électronique pour inviter les élèves à correspondre avec d'autres internautes de la planète était devenu un véritable cliché à la fin des années 80. À un point tel que des auteurs ont commencé à décourager les enseignants d'utiliser ce modèle d'activité pédagogique (6). En effet, si plusieurs ont observé que l'utilisation courante du courrier électronique avait un effet positif sur la qualité de la langue écrite, d'autres soulignaient que ces échanges sont aléatoires. Si l'activité n'est pas bien structurée, les étudiants peuvent se lasser, écrire sur des sujets très anodins ou attendre en vain la réponse à leurs messages. À l'enthousiasme manifesté par les élèves quand ils recevaient les réponses à leurs premiers messages, pouvaient succéder l'ennui ou le découragement quand le correspondant ne répondait pas. Au delà de la mise en place strictement technique, cette activité pédagogique exige une organisation sérieuse si l'on ne veut pas voir se dissoudre l'enthousiasme des élèves et si on veut les faire écrire de façon régulière.

    La planification d'une telle activité comporte les éléments suivants :


    Notes

    1. Voir l'article de Judy Harris. Retour.

    2. Bernard Mataigne, « Les projets de télématique scolaire au Québec: un portrait synthèse au 13 juillet 1994 », Le Bus , vol. 12, n° 4, mars 1995, p. 12-14. Retour.

    3. Extrait d'un message électronique de Jean Sysvestre, le 25 août 1996. Retour .

    4. Cohen, Moshe and Margaret Riel. "The Effect of Distant Audiences on Students' Writing," AERA Journal , Summer, 1989, pp. 132-159. Retour .

    5. Al Rogers, (Executive Director, Global SchoolNet Foundation, arogers@bonita.cerf.fred.org), «  Global Literacy in a Gutenberg Culture  ». Retour.

    6. "Electronic Pen Pals seems like a productive way to start out a network interaction: students are motivated, they can write for a distant audience, they may learn about different cultures through their interaction with their electronic pen pals. However, there are a number of non-obvious problems with this activity, especially when used as a whole-class introduction to the use of electronic networks [...] This discussion is not to say that electronic networks should never be used for Electronic Pen Pal exchanges, but our experience strongly suggests that Electronic Pen Pals is not the best way to start out interacting on a network." LEVIN, James A. andal, « Observations on educational electronic networks: The importance of appropriate activities for learning  ». Retour.