Jeu de rôle par l'étudiant


  • présentation
  • autres exemples
  • objectifs
  • exemple retenu
  • application Internet
  • conditions de réalisation



  • Présentation

    Ce modèle d'application pédagogique d'Internet se caractérise par l'échange de messages électroniques entre un étudiant adoptant la personnalité d'un personnage réel ou fictif et un auditoire d'une ou de plusieurs personnes.

    Mode de communication asynchronique ou synchronique.


    Au cours de cette activité, l'étudiant assume la personnalité d'un personnage imaginaire ou historique, collectif ou individuel. Cette autre identité lui permet de développer sa créativité en adoptant un autre langage, ou d'approfondir ses connaissances historiques en parlant au nom d'un autre. Cet alias peut également identifier son rôle dans une relation de tutorat ou de mentorat avec des élèves plus jeunes.

    La communication électronique amplifie les retombées pédagogiques du jeu de rôle. D'une part, elle offre plusieurs occasions de se trouver un auditoire réceptif (liste de distribution, canal de conversation, etc.). De l'autre, elle permet des rétroactions rapides, sinon instantanées. La rapidité des interactions par courrier électronique permet de peaufiner un personnage qui d'un message ou d'une intervention à l'autre acquiert un ton plus juste, un réalisme plus convaincant. De la sorte, l'étudiant peut vérifier rapidement la justesse de sa création ou les lacunes de ses connaissances historiques. La conversation ou le chat offrel'instantanéité du dialogue. Si cette conversation en temps réel a été bien préparée, par une recherche ou une écriture préliminaire, elle constitue un tremplin intéressant,l'équivalent d'une repréentation théâtrale ou, plus justement, d'une improvisation.

    Par d'autres exemples, nous verrons que l'étudiant peut être invité à adopter la fonction de tuteur ou d'expert, sous un pseudonyme évocatif. Sous cette autre identité, il travaillera seul ou collectivement à apporter une aide ponctuelle à des pairs en difficulté d'apprentissage ou à des élèves de niveau inférieur.




    Exemple retenu : La conversation-création

    Un classique d'Internet : les canaux de conversation (chat) consacrés à l'élaboration de mondes imaginaires où les internautes adoptent des personnalités fictives pour discuter en direct avec un groupe de personnages de même nature. Habituellement ces groupes se caractérisent par un trait commun : le club des superhéros ( le canal #superguy ou la liste Superguy) ou des animaux à fourrure (FurryMuck). Dans le premier groupe, les internautes s'identifient à un superhéros connu ou de leur propre création qu'ils font intervenir dans des aventures aux nombreux rebondissements; dans le second univers fictif, ce sont des créatures anthropomorphes qui communiquent entre elles et inventent des situations, des scénarios, des descriptions physiques voire des illustrations représentant leur nouvelle personnalité, etc. Cette création libre permet aux gens d'explorer un nouveau mode d'expression et peut conduire à la production d'oeuvres individuelles ou collectives plus structurées.

    Cette utilisation d'Internet ne vise pas directement un objectif pédagogique, ni n'exige aucun contexte institutionnel. Cependant, avec la multiplication et la disponibilité des logiciels serveurs de conversation, il est possible de créer localement de nouveaux canaux, d'encadrer ces séances de création, de contrôler leur contenu et d'atteindre des objectifs de formation. Si les jeunes se captivent pour les canaux de conversation créatifs, ne pourrait-on pas utiliser ces mêmes moyens pour développer leur créativité littéraire ou mettre à l'épreuve leurs connaissances ?

    Mais pour réaliser cet environnement idéal qui libère la créativité des étudiants et stimule leur production littéraire, il faut éviter deux pièges très sérieux.

    D'abord, il faut savoir que le jeu de rôle sur Internet peut aussi se confondre à une recherche systématique d'impunité ou d'anonymat (1). Les motifs qui poussent les internautes à adopter de nombreuses personnalités ne se limitent pas à la seule soif de créativité littéraire. L'exploration de certains fantasmes sexuels ou la liberté d'expression que permet l'anonymat expliquent plusieurs excès de langage dans les IRC et les MUD. Mais toute utilisation du IRC et du MUD n'implique pas nécessairement ces écarts de langage.

    Par ailleurs, il faut aussi noter que l'utilisation de la conversation électronique (chat) au lieu du courrier, dans un cadre pédagogique, modifie le rapport à l'écriture. En rédigeant un message électronique, même si on le fait souvent très rapidement, il est toujours possible de se réserver un moment de relecture, si ce n'est juste avant de presser le bouton « Envoyer ». Mais le chat implique une conversation à bâtons rompus, un échange rapide d'interventions écrites. Plusieurs ont noté que la qualité de la langue peut en souffrir considérablement, non seulement à cause des nombreuses abréviations qui émaillent de tels documents, mais surtout parce que la conversation en direct ne semble plus permettre aucune période de relecture. Les utilisateurs de l'IRC développent trop souvent une grande tolérance aux écarts d'&ecute;criture. Certains en concluent hâtivement qu'il faut abolir ce mode de communication en éducation. Mais alors, quand les étudiants apprendront-ils à « converser » en français, à planifier leurs interventions, à limiter les erreurs de frappe et les fautes de syntaxe et d'orthographe ? Parce que, banni de l'éducation, le chat n'en demeurerait pas moins un outil de communication extrêmement populaire chez nos étudiants. Et l'on aurait tort de faire de la conversation électronique un média pour adolescents. L'Intranet propose de plus en plus l'IRC de préférence au courrier électronique pour favoriser les communications internes et le travail collaboratif au sein des entreprises.

    Si l'utilisation pédagogique du courrier électronique exige la préparation d'activités bien structurées, la conversation « pédagogique » implique un encadrement à la fois souple et bien défini. Techniquement, il faudra s'assurer de créer des groupes privés pour les séances d'apprentissage ou pour certaines activités thématiques. Au plan pédagogique, il faudra :


    Autres exemples




    Le carrefour atomique

    Le carrefour atomique, un scénario pédagogique de Ghislaine Bourque, propose aux élèves de 4e secondaire de personnifier les différents éléments du tableau périodique. Le scénario, qui comporte un guide de l'élève, est très complet. Les différentes pages du site permettent aussi d'explorer cette activité pédagogique sous tous ses angles: les deux parties du scénario, le tableau des personnages-éléments, des analyses, différents travaux des étudiants, leurs commentaires et une évaluation de l'activité.

    Si la personnification fait appel à la créativité littéraire et artistique de l'élève, les modèles de messages sont très structurés et obligent l'élève à décrire son élément en toute objectivité scientifique.

    Après avoir visité le site, il n'apparaît pas clairement pourquoi l'auteure a choisi la stratégie de la personnification. On mentionne à quelques reprises l'importance accordée à la créativité et l'aspect motivant de cette activité, mais on ne lie pas clairement le thème de la personnification à l'un ou l'autre de ces résultats. Peut-on penser que Le carrefour atomique aurait pu se constituer sans que les élèves ne s'identifient aux personnages-éléments ? La question n'est pas soulevée. (2)

    Cependant, l'expérimentation du scénario avec une cinquantaine d'élèves permet de tirer plusieurs conclusions dont celle-ci sur le caractère multidisciplinaire d'une activité qui fait place à la créativité des élèves.
    La rigueur dans la qualité du français est obligatoire. Ce scénario devrait faire partie d'une approche interdisciplinaire. Le contenu du message s'intègre dans le programme de Sciences physiques ou de Chimie, le développement des habiletés d'écriture (orthographe, règles grammaticales, syntaxe) ferait partie du cours de français et le traitement de l'information pourrait avoir lieu dans le cours d'informatique. Dans ce cours, l'élève pourrait apprendre à utiliser un traitement de texte, des didacticiels, des disques optiques compacts et naviguer dans W3. Ce projet pourrait même être intégré au cours d'arts plastiques. À l'intérieur de ce cours, il apprendrait et mettrait en pratique des techniques lui permettant d'illustrer son personnage. (3)
    Très souvent, une application pédagogique d'Internet mènera à une intégration des disciplines. En langage collègial, on pourrait dire que l'utilisation des NTIC conduit à des activités de programme.




    Ask Dr Math

    Le Dr Math est l'éponyme d'un groupe d'étudiants et de professeurs du collège Swarthmore qui se présente aussi sous le nom de Swat Team. Cette équipe d'urgence vise à recueillir et à solutionner, par courrier électronique, les difficultés en mathématiques des élèves du primaire et du secondaire. Ces apôtres des mathématiques font connaître leur service en publiant des messages dans les réseaux accessibles aux écoles américaines. Le projet est subventionné par le National Science Foundation (NSF).

    Ce modèle d'application pédagogique d'Internet nous intéresseici à titre d'outil d'apprentissage pour les étudiants formateurs. Pour ces étudiants qui se cachent derrière le personnage du Dr Math, cette responsabilité d'experts, qu'ils assument, les oblige à connaître en détail les contenus mathématiques des différents programmes et à s'exprimer avec clarté dans un langage accessible. On pourra en juger à la lecture du recueil de réponses disponibles sur Internet.

    En effet, une page Web a été publiée pour permettre l'accès public aux questions et réponses déjà échangées entre les étudiants et le Dr Math. Cette banque d'informations est classée selon l'ordre d'enseignement des étudiants.




    Ask Mr Science

    Le rôle du professeur Scientifique est assumé par une classe d'étudiants en chimie, de niveau collégial. Leur professeur a posté sur Global Schoolnet un appel aux questions des élèves dans le secteur très large des sciences. Ces questions seront soumises à ses étudiants qui devront exécuter une recherche et répondre dans les 48 heures.

    Ici l'étudiant ne crée pas un nouveau personnage, mais il incarne le rôle d'un expert en sciences. La qualité de ses réponses ne relève pas de sa créativité littéraire, quoiqu'elle soit nécessaire pour rédiger des explications claires et intéressantes, mais de la justesse de son information et de l'exhaustivité de sa recherche. Il apprend à trouver l'information pertinentes et à la transmettre à des élèves plus jeunes, une double compétence qui complète une formation scientifique.

    On trouve d'autres avatars du professeur Scientifique sur Internet. Un Mr Science répond avec humour à son courrier électronique par sa chronique qui paraît dans BCSFAzine, un mensuel consacré à la science-fiction. La description du personnage est plus soignée et un dessin illustrant le professeur au travail accompagne ses propos; mais on se prend à douter du sérieux de sa démarche. Il semble plutôt excentrique et ne répond qu'aux questions qui le passionnent.

    Un troisième professeur Scientifique sévit à Seattle dans les pages du Seattle Community Network. Il signe également ses interventions de son nom réel, Phil Abrams. On peut lui faire parvenir des questions par courrier, mais son média préféré est la conférence (news) puisqu'il en anime deux : l'une sur la science en général et l'autre pour aider les étudiants dans leurs travaux scolaires d'ordre scientifique. La première, où il répond à des questions très variées, est nettement plus populaire et les utilisateurs du réseau communautaire de Seattle sont invités à contester ou à compléter ses réponses.

    On aura réalisé que les deux dernières incarnations de Mr Science, animées par des experts, appartiennent davantage au modèle du jeu de rôle par le formateur.

    Le professeur Scientifique idéal pourrait bien être une heureuse mixture des trois personnages ci-haut présentés. Il pourrait présenter une personnalité colorée tout en répondant avec beaucoup de rigueur aux questions des élèves et tout en acceptant, en bon scientifique, les commentaires et les remarques complémentaires.Les élèves auraient sans doute beaucoup d'intérêt à s'adresser à un personnage savant et fortement typé, qui accepte la discussion.




    Notes


    1. On pourra consulter à ce sujet un bref article de Jocelyn Gagnon de l'université de Montréal, intitulé « Doubles vies », et son site consacré à l'anonymat. Retour.

    2. Depuis, Ghislaine Bourque a bien voulu répondre à cette question dans un message qu'elle m'a adressé et dans un ajout qu'elle a apporté à la présentation de son scénario. Retour.

    3. BOURQUE, Ghislaine, « Carrefour atomique: scénario pédagogique - Partie 2 », Cyberscol. Retour.