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Jeu de rôle par
l'étudiant
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Présentation
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Ce
modèle d'application pédagogique d'Internet se caractérise
par l'échange de messages électroniques entre un étudiant
adoptant la personnalité d'un personnage réel ou fictif et
un auditoire d'une ou de plusieurs personnes.
Mode de communication asynchronique ou synchronique. |
Au cours de cette activité, l'étudiant assume la personnalité
d'un personnage imaginaire ou historique, collectif ou individuel. Cette
autre identité lui permet de développer sa créativité
en adoptant un autre langage, ou d'approfondir ses connaissances historiques
en parlant au nom d'un autre. Cet alias peut également identifier
son rôle dans une relation de tutorat ou de mentorat avec des élèves
plus jeunes.
La communication électronique amplifie les retombées pédagogiques
du jeu de rôle. D'une part, elle offre plusieurs occasions de se trouver
un auditoire réceptif (liste de distribution, canal de conversation,
etc.). De l'autre, elle permet des rétroactions rapides, sinon instantanées.
La rapidité des interactions par courrier électronique permet
de peaufiner un personnage qui d'un message ou d'une intervention à
l'autre acquiert un ton plus juste, un réalisme plus convaincant.
De la sorte, l'étudiant peut vérifier rapidement la justesse
de sa création ou les lacunes de ses connaissances historiques. La
conversation ou le chat offrel'instantanéité du dialogue.
Si cette conversation en temps réel a été bien préparée,
par une recherche ou une écriture préliminaire, elle constitue
un tremplin intéressant,l'équivalent d'une repréentation
théâtrale ou, plus justement, d'une improvisation.
Par d'autres exemples, nous verrons que l'étudiant peut être
invité à adopter la fonction de tuteur ou d'expert, sous un
pseudonyme évocatif. Sous cette autre identité, il travaillera
seul ou collectivement à apporter une aide ponctuelle à des
pairs en difficulté d'apprentissage ou à des élèves
de niveau inférieur.
Exemple retenu : La conversation-création
Un classique d'Internet : les canaux de conversation (chat) consacrés
à l'élaboration de mondes imaginaires où les internautes
adoptent des personnalités fictives pour discuter en direct avec
un groupe de personnages de même nature. Habituellement ces groupes
se caractérisent par un trait commun : le club des superhéros
( le canal #superguy ou la liste Superguy)
ou des animaux à fourrure (FurryMuck).
Dans le premier groupe, les internautes s'identifient à un superhéros
connu ou de leur propre création qu'ils font intervenir dans des
aventures aux nombreux rebondissements; dans le second univers fictif, ce
sont des créatures anthropomorphes qui communiquent entre elles et
inventent des situations, des scénarios, des descriptions physiques
voire des illustrations représentant leur nouvelle personnalité,
etc. Cette création libre permet aux gens d'explorer un nouveau mode
d'expression et peut conduire à la production d'oeuvres individuelles
ou collectives plus structurées.
Cette utilisation d'Internet ne vise pas directement un objectif pédagogique,
ni n'exige aucun contexte institutionnel. Cependant, avec la multiplication
et la disponibilité des logiciels serveurs de conversation, il est
possible de créer localement de nouveaux canaux, d'encadrer ces séances
de création, de contrôler leur contenu et d'atteindre des objectifs
de formation. Si les jeunes se captivent pour les canaux de conversation
créatifs, ne pourrait-on pas utiliser ces mêmes moyens pour
développer leur créativité littéraire ou mettre
à l'épreuve leurs connaissances ?
Mais pour réaliser cet environnement idéal qui libère
la créativité des étudiants et stimule leur production
littéraire, il faut éviter deux pièges très
sérieux.
D'abord, il faut savoir que le jeu de rôle sur Internet peut aussi
se confondre à une recherche systématique d'impunité
ou d'anonymat (1). Les motifs qui poussent
les internautes à adopter de nombreuses personnalités ne se
limitent pas à la seule soif de créativité littéraire.
L'exploration de certains fantasmes sexuels ou la liberté d'expression
que permet l'anonymat expliquent plusieurs excès de langage dans
les IRC et les MUD. Mais toute utilisation du IRC et du MUD n'implique pas
nécessairement ces écarts de langage.
Par ailleurs, il faut aussi noter que l'utilisation de la conversation électronique
(chat) au lieu du courrier, dans un cadre pédagogique, modifie
le rapport à l'écriture. En rédigeant un message électronique,
même si on le fait souvent très rapidement, il est toujours
possible de se réserver un moment de relecture, si ce n'est juste
avant de presser le bouton « Envoyer ». Mais le chat
implique une conversation à bâtons rompus, un échange
rapide d'interventions écrites. Plusieurs ont noté que la
qualité de la langue peut en souffrir considérablement, non
seulement à cause des nombreuses abréviations qui émaillent
de tels documents, mais surtout parce que la conversation en direct ne semble
plus permettre aucune période de relecture. Les utilisateurs de l'IRC
développent trop souvent une grande tolérance aux écarts
d'&ecute;criture. Certains en concluent hâtivement qu'il faut abolir
ce mode de communication en éducation. Mais alors, quand les étudiants
apprendront-ils à « converser » en français,
à planifier leurs interventions, à limiter les erreurs de
frappe et les fautes de syntaxe et d'orthographe ? Parce que, banni de l'éducation,
le chat n'en demeurerait pas moins un outil de communication extrêmement
populaire chez nos étudiants. Et l'on aurait tort de faire de la
conversation électronique un média pour adolescents. L'Intranet
propose de plus en plus l'IRC de préférence au courrier électronique
pour favoriser les communications internes et le travail collaboratif au
sein des entreprises.
Si l'utilisation pédagogique du courrier électronique exige
la préparation d'activités bien structurées, la conversation
« pédagogique » implique un encadrement à
la fois souple et bien défini. Techniquement, il faudra s'assurer
de créer des groupes privés pour les séances d'apprentissage
ou pour certaines activités thématiques. Au plan pédagogique,
il faudra :
- s'assurer que tous les participants adhèrent à l'étiquette
d'Internet;
- développer chez l'étudiant une stratégie d'écriture
adaptée au média;
- bien définir les sujets de conversation;
- fixer les objectifs d'apprentissage et les compétences à
développer;
- « monitorer » les échanges, les archiver,
les analyser;
- valoriser le travail préparatoire en imposant, s'il le faut,
des recherches préliminaires;
- et ultimement confronter les étudiants aux canaux IRC populaires.
Autres exemples
Le carrefour atomique, un scénario pédagogique de Ghislaine
Bourque, propose aux élèves de 4e secondaire de
personnifier les différents éléments du tableau périodique.
Le scénario, qui comporte un guide de l'élève, est
très complet. Les différentes pages du site permettent aussi
d'explorer cette activité pédagogique sous tous ses angles:
les deux parties du scénario, le tableau des personnages-éléments,
des analyses, différents travaux des étudiants, leurs commentaires
et une évaluation de l'activité.
Si la personnification fait appel à la créativité littéraire
et artistique de l'élève, les modèles de messages sont
très structurés et obligent l'élève à
décrire son élément en toute objectivité scientifique.
Après avoir visité le site, il
n'apparaît pas clairement pourquoi l'auteure a choisi la stratégie
de la personnification. On mentionne à quelques reprises l'importance
accordée à la créativité et l'aspect motivant
de cette activité, mais on ne lie pas clairement le thème
de la personnification à l'un ou l'autre de ces résultats.
Peut-on penser que Le carrefour atomique aurait pu se constituer sans que
les élèves ne s'identifient aux personnages-éléments
? La question n'est pas soulevée. (2)
Cependant, l'expérimentation du scénario
avec une cinquantaine d'élèves permet de tirer plusieurs conclusions
dont celle-ci sur le caractère multidisciplinaire d'une activité
qui fait place à la créativité des élèves.
La rigueur dans la qualité du français est obligatoire.
Ce scénario devrait faire partie d'une approche interdisciplinaire.
Le contenu du message s'intègre dans le programme de Sciences
physiques ou de Chimie, le développement des habiletés
d'écriture (orthographe, règles grammaticales, syntaxe) ferait
partie du cours de français et le traitement de l'information
pourrait avoir lieu dans le cours d'informatique. Dans ce cours,
l'élève pourrait apprendre à utiliser un traitement
de texte, des didacticiels, des disques optiques compacts et naviguer dans
W3. Ce projet pourrait même être intégré au cours
d'arts plastiques. À l'intérieur de ce cours, il apprendrait
et mettrait en pratique des techniques lui permettant d'illustrer son personnage.
(3)
Très souvent, une application pédagogique d'Internet mènera
à une intégration des disciplines. En langage collègial,
on pourrait dire que l'utilisation des NTIC conduit à des activités
de programme.
Ask Dr Math
Le Dr Math est l'éponyme d'un groupe d'étudiants et de professeurs
du collège Swarthmore qui se présente aussi sous le nom de
Swat Team. Cette équipe d'urgence vise à recueillir et à
solutionner, par courrier électronique, les difficultés en
mathématiques des élèves du primaire et du secondaire.
Ces apôtres des mathématiques font connaître leur service
en publiant des messages dans les réseaux
accessibles aux écoles américaines. Le projet est subventionné
par le National Science Foundation (NSF).
Ce modèle d'application pédagogique d'Internet nous intéresseici
à titre d'outil d'apprentissage pour les étudiants formateurs.
Pour ces étudiants qui se cachent derrière le personnage du
Dr Math, cette responsabilité d'experts, qu'ils assument, les oblige
à connaître en détail les contenus mathématiques
des différents programmes et à s'exprimer avec clarté
dans un langage accessible. On pourra en juger à la lecture du recueil
de réponses disponibles sur Internet.
En effet, une page Web a été
publiée pour permettre l'accès public aux questions et réponses
déjà échangées entre les étudiants et
le Dr Math. Cette banque d'informations est classée selon l'ordre
d'enseignement des étudiants.
Ask Mr Science
Le rôle du professeur Scientifique est assumé par une classe
d'étudiants en chimie, de niveau collégial. Leur professeur
a posté sur Global Schoolnet un appel
aux questions des élèves dans le secteur très large
des sciences. Ces questions seront soumises à ses étudiants
qui devront exécuter une recherche et répondre dans les 48
heures.
Ici l'étudiant ne crée pas un nouveau personnage, mais il
incarne le rôle d'un expert en sciences. La qualité de ses
réponses ne relève pas de sa créativité littéraire,
quoiqu'elle soit nécessaire pour rédiger des explications
claires et intéressantes, mais de la justesse de son information
et de l'exhaustivité de sa recherche. Il apprend à trouver
l'information pertinentes et à la transmettre à des élèves
plus jeunes, une double compétence qui complète une formation
scientifique.
On trouve d'autres avatars du professeur Scientifique sur Internet. Un Mr
Science répond avec humour à son courrier électronique
par sa chronique qui paraît dans BCSFAzine,
un mensuel consacré à la science-fiction. La description du
personnage est plus soignée et un dessin illustrant le professeur
au travail accompagne ses propos; mais on se prend à douter du sérieux
de sa démarche. Il semble plutôt excentrique et ne répond
qu'aux questions qui le passionnent.
Un troisième professeur Scientifique sévit à Seattle
dans les pages du Seattle
Community Network. Il signe également ses interventions de son
nom réel, Phil Abrams. On peut lui faire parvenir des questions par
courrier, mais son média préféré est la conférence
(news) puisqu'il en anime deux : l'une sur la science en général
et l'autre pour aider les étudiants dans leurs travaux scolaires
d'ordre scientifique. La première, où il répond à
des questions très variées, est nettement plus populaire et
les utilisateurs du réseau communautaire de Seattle sont invités
à contester ou à compléter ses réponses.
On aura réalisé que les deux dernières incarnations
de Mr Science, animées par des experts, appartiennent davantage au
modèle du jeu de rôle
par le formateur.
Le professeur Scientifique idéal pourrait bien être une heureuse
mixture des trois personnages ci-haut présentés. Il pourrait
présenter une personnalité colorée tout en répondant
avec beaucoup de rigueur aux questions des élèves et tout
en acceptant, en bon scientifique, les commentaires et les remarques complémentaires.Les
élèves auraient sans doute beaucoup d'intérêt
à s'adresser à un personnage savant et fortement typé,
qui accepte la discussion.
Notes
1. On pourra consulter à ce sujet un bref article de Jocelyn Gagnon
de l'université de Montréal, intitulé « Doubles
vies », et son
site consacré à l'anonymat. Retour.
2. Depuis, Ghislaine Bourque a bien voulu répondre à cette
question dans un message qu'elle m'a adressé
et dans un ajout qu'elle a apporté à la présentation
de son scénario. Retour.
3. BOURQUE, Ghislaine, « Carrefour
atomique: scénario pédagogique - Partie 2 »,
Cyberscol. Retour.