La publication sur Internet
Publier sur Internet c'est assumer la dimension interactive de ce média.
Contrairement à la télévision ou au cinéma,
qui sont des modes de communication à sens unique où les contenus
sont le monopole des professionnels, Internet est une autoroute à
deux voies où l'internaute peut être à la fois consommateur
et producteur d'information, lecteur et auteur, lecteur et co-auteur.
« Surfer » sur Internet est l'équivalent de parcourir
les allées d'une bibliothèque. On y côtoie des trésors
de science que l'on peut faire siens si on sait lire et organiser ces montagnes
d'informations. Dans la bibliothèque, on peut se fier aux quelques
liens proposés par la classification des volumes ou à l'ordre
alphabétique comme l'Autodidacte de La Nausée. (1)
Sur le W3, on suivra des liens dont la logique et la pertinence se limitent
au cadre d'un site et aux pointeurs de premier niveau, mais qui se dissolvent
dans des embranchements devenus aléatoires ou carrément incohérents
quand gérés par l'algorithme aveugle d'un moteur de recherche.
Habiter Internet c'est discuter avec les auteurs, tracer des pistes, créer
des liens et proposer des noeuds de sens. Au voyage à la superficie
des emballages graphiques et au gré des pointeurs suggestifs se substitue
une quête interminable et fascinante au coeur de ce que Pierre Lévy
nomme l'intelligence collective. (2)
Dans un tel contexte, il est important que l'élève apprenne
très tôt à jouer un rôle actif dans une communauté
du savoir. Ce rôle impose à l'internaute d'assumer des interventions
modestes ou majeures qui peuvent contribuer ou s'opposer au sens de la vague,
mais qui nécessairement le délogent de sa planche de surfeur
et l'obligent à se mouiller.
Publier sur Internet c'est, à un premier niveau, utiliser les espaces
déjà balisés pour les interactions : échanger
des messages par courrier, intervenir dans une liste de distribution, publier
dans une conférence ou compléter un formulaire.
Dans les catégories d'application pédagogique que nous avons
explorées jusqu'ici, l'élève ou la classe utilisait
surtout le courrier électronique pour intervenir activement sur Internet.
Il apprenait en agissant, en émettant une opinion ou en diffusant
les résultats d'une recherche, en participant à des collectifs.
Cependant, ces interventions sont évanescentes. À part quelques
collections de messages ou de données, il est difficile de trouver
des traces de ces projets.
Alors que certains projets commencent à se faire connaître
et à afficher leurs résultats sur des sites Web, pourquoi
ce mode de publication ne pourrait-il pas être mis à la disposition
des élèves et carrément incorporé dans les projets
? Il ne s'agit pas de publier tous les messages qui ont été
échangés, mais de faire culminer le projet dans une publication
à la mesure des ambitions des concepteurs.
Bien sûr, il est plus difficile de réaliser une page Web que
de poster un message. Il faut une meilleure connaissance des logiciels et
une meilleure maîtrise de l'ordinateur. Serait-ce vraiment trop demander
à des étudiants de niveau collégial ? D'ailleurs, plusieurs
éditeurs HTML permettent de produire facilement des pages W3 sans
jamais toucher au code. Et, sans exiger que tous les élèves
deviennent des experts en présentation graphique, la rédaction
même d'un document hypertexte, avec ses liens et ses lectures à
plusieurs niveaux, peut s'avérer un excellent exercice et développer
des modes d'expression alternatifs.
La publication sur Internet est le prolongement logique de la communication
sur Internet.
Dans la présente étude, les modèles d'application pédagogique
d'Internet appartenant à cette catégorie sont :
Notes
1. « C'est une illumination; j'ai compris la méthode de
l'Autodidacte : il s'instruit dans l'ordre alphabétique. ».
Jean-Paul Sartre, La Nausée, dans Oeuvres romanesques,
nrf, Gallimard, Paris, © 1938, 1981, p. 38. Retour.
2. Pierre Lévy, L'intelligence collective, La Découverte,
1994. Dans un article plus récent, « Construire l'ntelligence
collective », Pierre Lévy décrit le rôle des
réseaux informatiques dans l'édification de l'intelligence
collective.
« L'interconnexion des ordinateurs peut être un instrument
au service de l'intelligence collective. En effet, le « cyberespace »
en voie de constitution autorise une communication non médiatique
à grande échelle. Comme on le sait, les médias classiques
(relation un-tous) instaurent une séparation nette entre centres
émetteurs et récepteurs passifs isolés les uns des
autres. Le téléphone (relation un-un) autorise une communication
réciproque, mais ne permet pas de vision globale de ce qui se passe
sur l'ensemble du réseau ni la construction d'un contexte commun.
On approche d'une infrastructure pour l'intelligence collective grâce
à un troisième dispositif de communication, structuré
par une relation tous-tous. Dans le « cyberespace »,
chacun est potentiellement émetteur et récepteur dans un espace
qualitativement différencié, non figé, aménagé
par les participants, explorable. » Manière de voir hors-série,
Le Monde diplomatique, Internet, l'extase et l'effroi, octobre 1996,
p 36-37. Retour.