DÉFINITIONS
A tout seigneur tout honneur, Le Petit Robert dit :
" Pour quiconque croit à la science, le pire est que la philosophie ne fournit pas de résultats
apodictiques*, un savoir qu'on puisse posséder. Les sciences ont conquis des connaissances
certaines, qui s'imposent à tous; la philosophie, elle, malgré l'effort des millénaires, n'y a
pas réussi. On ne saurait le contester: en philosophie, il n'y a pas d'unanimité établissant un
savoir définitif. Dès qu'une connaissance s'impose a chacun pour des raisons apodictiques,
elle devient aussitôt scientifique, elle cesse d'être philosophie et appartient a un domaine
particulier du connaissable.

L'élaboration d'une philosophie reste cependant liée aux sciences; elle présuppose tout le progrès scientifique contemporain.
Mais le sens de la philosophie a une autre origine: il surgit, avant toute science, là des hommes s'éveillent.

... Qu'est-ce que cette philosophie, si universelle et qui se manifeste sous des formes si
étranges?

Le mot grec "philosophe" (philosophos) est formé par opposition a sophos. Il désigne
celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui, possédant le savoir, se nomme savant.
Ce sens persiste encore aujourd'hui: l'essence de la philosophie, c'est la recherche de la
vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu'à
dégénérer en dogmatique, en un savoir mis en formules, définitif, complet, transmissible
par l'enseignement.

  Faire de la philosophie, c'est être en route. Les questions, en philosophie, sont plus
essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question.

... Être en route et chercher, ou bien trouver la paix et l'achèvement d'un instant privilégié,
ce ne sont pas là des définitions de la philosophie. La philosophie ne se situe ni au-dessus, ni
a côté d'autre chose. Elle ne peut pas être dérivée. Toute philosophie se définit elle-même
par sa réalisation. Ce qu'elle est, on ne peut le savoir que par expérience; alors on voit
qu'elle est à la fois l'accomplissement de la pensée vivante et la réflexion sur cette pensée,
ou l'action et le commentaire de l'action ". (Karl JASPERS) (*Apodictique: ce qui est
irrécusable, nécessaire, évident.)