LES
DÉBUTS DE LA PHILOSOPHIE
Serge Lapierre
Département de philosophie
Collège de Bois de Boulogne
La philosophie est parfois
définie comme la « mère des sciences ».
Elle est née sur les pourtours de la Méditerranée
vers le VI e siècle av. J.-C. Issue primitivement d’Ionie, c’est-à-dire
la côte ouest de l’actuelle Turquie, elle s’est développée
en Grande Grèce dans la cité d’Élée, avant de s’installer
à Athènes avec Anaxagore (500-428 av. J.-C.).
Le discours philosophique naissant était
radicalement différent du discours religieux traditionnel.
Les deux discours avaient pourtant le même but : répondre
aux questions des fondements, des causes ou des origines. La différence
résidait plutôt dans la manière de le faire.
Tandis que le discours religieux faisait appel à la mythologie,
c’est-à-dire à des récits fantastiques peuplés
de dieux et de déesses, la philosophie cherchait
à comprendre les choses en excluant tout recours au supranaturel.
Marquée profondément par
des savants tels Thalès de Milet et Héraclite
d’Éphèse (fin du VIe siècle
av. J.-C.), l’école philosophique dite ionienne
— en référence à l’Ionie — est célèbre
pour avoir tenté, la première, de comprendre
la nature par un principe — c’est-à-dire
une règle ou une loi. C’est du moins en ce sens que
l’on a interprété et que l’on interprète
encore la célèbre proposition de Thalès
: « Tout est eau », ainsi que la phrase bien connue
d’Héraclite disant : « Le feu gouverne toutes choses.
»
L’école
ionienne est reconnue pour avoir engendré les premiers «
physiciens » ; en tous cas, elle était résolument
caractérisée par un intérêt de la nature
dans ses manifestations matérielles. Mais la philosophie grecque
antique comprenait aussi une autre école : l’école
dite éléatique — en référence à la cité d’Élée
— davantage portée vers l’abstraction et caractérisée
par son intérêt de la nature dans ses manifestations
formelles. Certains disent que cette école fut la
première à placer une « idée »
à la source de toutes choses. Ainsi Pythagore, reconnu
pour avoir marqué l’école éléatique,
voyait dans le nombre non seulement une réalité
mais la réalité première gouvernant la nature.
Notons aussi Parménide (fin du V e
siècle av. J.-C.), reconnu pour avoir été
le premier à avoir voulu démontrer, par un raisonnement
proche de l’axiomatique, que l’Être est une nécessité
et qu’il y a donc toujours eu quelque chose. Avec Parménide,
l’analyse logique de concepts aussi fondamentaux que l’Être,
la nécessité, le temps, l’espace et le mouvement, amorce
son déploiement. Voilà pourquoi Parménide est
considéré comme le père de la métaphysique.
Puis, Athènes est rentrée dans la
postérité pour avoir été le premier espace
de libre discussion grâce, entre autres, aux sophistes,
ces personnages brillants enseignant le maniement du discours.
Contrairement aux Ioniens et aux Éléates, les sophistes
ne s’intéressaient pas vraiment à la nature
mais plutôt à l’être humain. Mais le gros défaut
des sophistes était leur démagogie, contre quoi Socrate (470-399 av. J.-C.), qui plaçait
la raison au-dessus de tout, ne cessera
de s’élever. Socrate fut malheureusement condamné
à mort par les Athéniens, qui l’accusèrent
d’impiété envers les dieux de la cité et de «
corruption de la jeunesse ».
Avec la mort de Socrate
s’achève en quelque sorte la préhistoire de
la philosophie, tandis que s’ouvre la période des grands
classiques que sont Platon (427-348
av. J.-C.) et Aristote (384-322
av. J.-C.). Ancien élève de Socrate, Platon est
l’auteur d’une philosophie systématique où sont abordés
et traités presque tous les problèmes connus de son temps.
Son oeuvre eut une influence marquante sur la culture occidentale,
mais plusieurs lui ont aussi reproché son idéalisme
extrême. Parmi ses critiques est son ancien élève
Aristote, qui avait un esprit plus pragmatique que son maître.
Son oeuvre, considérable elle-aussi, rassemble des travaux
brillants et détaillés touchant plusieurs domaines,
dont la logique, la physique, l’astronomie, la zoologie, la philosophie
politique, l’éthique et la métaphysique. À
plusieurs égards, et dans bien des domaines, l’influence
d’Aristote est toujours présente aujourd’hui.
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