1. Sa théorie des Idées.
2. Sa théorie de la réminiscence.
3. Sa psychologie.
4. Sa philosophie politique.
Platon d’Athènes (427-348 av. J.-C.)
Élève de Socrate
Maître d’Aristote
On doit à Platon une synthèse organisée de tout ce qu’on savait de son temps, notamment les doctrines des pythagoriciens, d’Héraclite, de Parménide et de Socrate. Son oeuvre aborde et traite de manière cohérente et unifiée de nombreux problèmes relevant de domaines aussi variés que les mathématiques, l’astronomie, la métaphysique, la théorie de la connaissance, la psychologie, la philosophie politique et l’éthique.
1. La base de la philosophie de Platon : la théorie des Idées.
La théorie des Idées est à la fois l’aspect le plus original et la clé de voûte de la philosophie de Platon. En formulant cette théorie, Platon avait pour ambition de résoudre plusieurs problèmes, dont le suivant.
Le relativisme des sophistes était intenable, puisqu’il impliquait des contradictions. Pourtant, certains sophistes avaient un argument important en faveur du relativisme. On ne peut nier que Héraclite avait raison lorsqu’il disait que tout change, que rien dans le monde n’est stable et qu’il y règne plutôt le mouvement. À partir de là, on conclut que la connaissance objective est impossible, car si rien n’est stable, alors il n’y a rien qui puisse s’appeler objet de la connaissance.
La conclusion des sophistes était en apparence exacte : si la vérité existe, elle ne peut être que dans nos impressions, subjectives par définition. La meilleure idée n’est donc pas celle qui correspond à la réalité, car la réalité change constamment, mais plutôt celle qui correspond à nos sensations. Mais cette conception conduit au relativisme.
Or Platon, disciple de Socrate, tenait à l’existence d’une connaissance universelle, c’est-à-dire d’une représentation fidèle à une réalité qui, par définition, est indépendante des points de vue. Comment donc concilier la thèse de Héraclite voulant que tout change avec le sentiment socratique qu’il existe des vérités universelles ?
La réponse de Platon est simple dans son principe. Tout ce que nous pouvons voir change mais à travers le changement observable, on peut constater que les choses reproduisent dans la même espèce des caractères constants. Par exemple, chaque homme change au cours de sa vie, et à tout moment aucun homme n’est identique à un autre. Pourtant, tous les hommes ont en commun certains traits qui font qu’ils sont homme. Il y a donc, au-delà de tous les hommes, quelque chose qui fait qu’ils sont tous des hommes. Ce quelque chose, dans le langage de Platon, c’est l’Idée de l’homme.
Au sens que donne Platon à ce terme, une Idée est un modèle général, abstrait, immuable et éternel d’un ensemble de cas particuliers périssables et imparfaits, existant dans le monde sensible. Par exemple, chacun de nous serait une copie périssable et imparfaite de l’être humain, Idée éternelle et immuable. De façon similaire, un dessin de triangle rectangle sur un tableau ne serait qu’une représentation imparfaite du triangle rectangle, Idée mathématique qui intéresse vraiment le géomètre.
Les Idées (toujours au sens de Platon) existent indépendamment de l’esprit humain. Ce ne sont pas des inventions ni des constructions mentales. Par exemple, le triangle rectangle, comme Idée, existait avant même que les géomètres ne le découvrent, n’étudient ses propriétés et ne le représentent par des dessins. Voilà pourquoi on dit que Platon était réaliste vis-à-vis les Idées : il leur accordait une existence indépendante pleine et entière.
Où résident les Idées ? Certainement pas dans le monde sensible, c’est-à-dire notre monde familier des choses que l’on voit, touche, sent, entend et goûte. Nous rencontrons souvent des chats, mais jamais nous rencontrons le chat, c’est-à-dire l’Idée du chat. Les chats sont vus mais non pensés ; l’Idée du chat, elle, est pensée et non vue. Par conséquent, selon Platon, les Idées existent dans un autre monde : le monde intelligible. Ce monde, qui est par définition celui des Idées, est distinct du monde sensible, qui est notre monde familier des objets concrets perceptibles par les sens.
Puisque les Idées ne sont pas perceptibles par nos sens, comment entrer en contact avec elles ? Comment les atteindre et les connaître ? La réponse de Platon à cette question comporte (encore une fois) un brin de doctrine pythagoricienne : c’est la théorie de la réminiscence.
2. La théorie de la réminiscence
Concernant le rapport entre le corps et l’esprit, Platon était, comme les pythagoriciens, dualiste : il croyait que l’esprit peut exister et fonctionner indépendamment du corps. La théorie de la réminiscence présuppose cette doctrine.
La théorie de la réminiscence peut être formulée comme suit. Notre âme, qui existait avant nous, résidait dans le monde intelligible et contemplait directement les Idées. Or, l’incarnation, mélangeant l’âme et la matière, a eu pour effet d’obscurcir la connaissance des Idées, mais par un effort de la raison, il est possible d’en réintroduire la clarté originelle. En somme, en soumettant l’âme à un entraînement destinée à éveiller et affiner la réflexion, il est possible de rendre à celle-ci son savoir juste des Idées. Platon jugeait que les sciences qui relèvent du raisonnement pur — l’arithmétique et la géométrie — étaient les plus propres à nous familiariser avec le monde intelligible.
3. La psychologie de Platon
Selon Platon, à partir du moment où l’âme cohabite avec la matière (le corps), elle perd sa pureté et se sédimente en trois couches : la couche supérieure, nommée raison ; la couche intermédiaire, nommée volonté ; enfin la couche inférieure, formée de l’ensemble de nos instincts primaires.
Chacune de ces couches a une fonction qui lui est propre. La fonction de la raison est double. Elle a une fonction théorique, qui est de connaître, et une fonction pratique, qui est de commander la volonté. La fonction propre de la volonté est de maîtriser les instincts et les désirs. Enfin, les instincts primaires ont pour fonction de créer chez l’individu le besoin de veiller à l’entretien et à la reproduction de son corps.
Évidemment, ce bel équilibre n’est qu’approximativement réalisé ici bas. Des déséquilibres surviennent fréquemment : les instincts peuvent prendre le dessus sur la raison ; la volonté peut être trop faible et ne pas pouvoir appliquer les ordres de la raison ; enfin, la raison peut manquer, ou ne pas s’exercer suffisamment.
Selon Platon, la vertu est justement la qualité de l’âme dont les trois parties remplissent exactement leurs fonctions respectives. Dans le Phèdre, Platon représente l’âme de l’homme idéal comme un cocher (la raison) qui conduit un attelage de deux chevaux : l’un obéissant (la volonté), l’autre rétif (le désir).
4. Sa philosophie politique
La philosophie politique de Platon est exposée dans son ouvrage La République, où l’auteur s’applique à décrire dans le menu détail le plan d’une cité idéale qui incarnerait l’Idée même de justice.
L’analyse politique de Platon est modelée sur sa psychologie : la justice est à la cité ce que la vertu est à l’âme. La cité idéale de Platon se compose ainsi de trois classes, chacune remplissant une fonction spécifique :
o La classe des magistrats (ou gardiens)
o La classe des soldats (ou guerriers)
o La classe des ouvriers (artisans, laboureurs, marchands)
La classe des magistrats est à la cité ce que la raison est à l’âme. Son rôle est donc de gouverner. La classe des soldats représente la volonté : sous l’autorité des magistrats, sa fonction est de défendre la cité contre d’éventuels ennemis extérieurs et de réduire les citoyens ordinaires à l’obéissance. Enfin, la classe des ouvriers, sous les ordres des instances supérieures, a pour fonction de produire tous les biens matériels dont la cité a besoin.
Selon Platon, tous ne peuvent pas occuper n’importe quelle fonction. Pour que la cité fonctionne correctement, il faut que chacun occupe la place qui convienne le mieux à ses aptitudes. Cela est un aspect intéressant de la conception platonicienne de la justice : le bon fonctionnement de la cité exige non seulement que chacun ait un poste, mais aussi que chaque poste soit occupé par quelqu’un qui en possède les capacités.
Comment assurer cette juste distribution des tâches ? D’abord, en remettant entièrement à l’État la charge de l’éducation des enfants. C’est au tout début que seront sélectionnés les individus. Ceux qui démontrent une aptitude manifeste en science et en art ainsi qu’une propension à se dévouer aux autres, recevront une éducation élaborée pour devenir magistrats ; ceux qui sont plutôt talentueux en gymnastique, tout en démontrant courage, discipline de soi et une capacité à comprendre et exécuter des ordres, seront instruits et formés pour devenir soldats. Les autres recevront une formation de plus courte durée pour devenir ouvriers.
Il est à noter que ce système ne fait aucune discrimination quant au sexe. Une femme peut devenir magistrat, soldat ou ouvrier tout autant qu’un homme : seules les qualités intellectuelles et physiques sont déterminantes. La cité idéale de Platon n’est donc pas sexiste. En outre, ce système permet à un enfant issu de la classe inférieure d’accéder à une des deux classes supérieures — l’inverse étant également vrai. Les classes de la cité ne sont donc pas des castes fermées.
La cité de Platon se veut un tout harmonieux où nul n’est exclu et chacun donne à l’ensemble ce qu’il a de mieux. Mais le plus grand danger dans un État est la division. Pour l’éviter, Platon préconise d’abolir les deux ennemis de l’unité : l’intérêt personnel et l’esprit de famille. On supprimera le premier en interdisant l’acquisition de richesses personnelles et la propriété privée de moyens de production. Autrement dit, on instaurera la communauté des biens. Pour supprimer l’esprit de famille, on interdira la formation de couples permanents (le mariage au sens traditionnel du terme) et on obligera les parents des enfants à remettre ceux-ci entre les mains de l’État. Tel est le principe de la communauté des femmes et des enfants.